Nacer Djarabi : L’AMOA entre assistance et indépendance

Nacer Djarabi : L’AMOA entre assistance et indépendance

Point de vue

Nacer Djarabi : l’AMOA n’est pas une MOA de substitution

Pour lui, l’assistance à maîtrise d’ouvrage devient dangereuse quand elle prend la place du métier au lieu de l’accompagner.

Dans beaucoup de projets informatiques, l’AMOA apparaît comme un raccourci commode : un expert externe qui rédige le cahier des charges, qui pilote la recette et qui, au passage, remplace la voix des utilisateurs. Selon Nacer Djarabi, c’est précisément là que le bât blesse.

Réflexion sur la maîtrise d'ouvrage — réunion de cadrage projet SI

Le malentendu sur l’AMOA

Pour Nacer Djarabi, le terme même d’« assistance à maîtrise d’ouvrage » porte en lui une ambiguïté : est-ce un soutien méthodologique au métier, ou bien une délégation déguisée du pouvoir de décision ?

Il observe que, trop souvent, une direction fait appel à une AMOA non pas parce qu’elle a besoin d’une méthode, mais parce qu’elle n’a pas le temps, la compétence ou la volonté politique d’exprimer elle-même son besoin. L’AMOA devient alors un substitut fonctionnel : elle écrit au nom du métier, valide au nom du métier, et finit par décider au nom du métier.

L’AMOA doit rester invisible dans le projet. Quand elle devient visible, c’est généralement que la maîtrise d’ouvrage a déjà cédé la maîtrise du sens. — Nacer Djarabi

Ce que l’AMOA devrait faire — et ne devrait pas faire

Nacer Djarabi ne rejette pas l’AMOA : il la recadre. Selon lui, son rôle légitime se limite à quatre fonctions strictes, sans jamais empiéter sur la responsabilité du métier.

📐 Méthodologie, pas contenu

Aider la MOA à structurer sa pensée (interviews, ateliers de cadrage, matrices de priorisation) sans jamais écrire à sa place le besoin fonctionnel.

⚖️ Facilitation, pas arbitrage

Organiser le dialogue entre directions et techniques, clarifier les contradictions, mais ne jamais trancher un choix métier au nom d’un utilisateur absent.

✅ Objectivation, pas substitution

Concevoir des scénarios de recette rigoureux et objectifs, s’assurer que le métier valide — mais ne pas valider soi-même au nom du métier.

🔄 Transmission, pas adoption forcée

Préparer la conduite du changement en relayant la parole des utilisateurs vers l’équipe projet, jamais en imposant une solution déjà figée.

MOA, AMOA, MOE : clarifier sans confondre

Clarification des rôles MOA, AMOA et MOE dans un projet SI
Rôle Responsabilité réelle selon Nacer Djarabi Question clé
MOA Le seul détenteur légitime du besoin métier. Doit exprimer, arbitrer et valider. Peut être assistée, jamais remplacée. « Quoi et pourquoi ? »
AMOA Un appui méthodologique temporaire. Doit rendre la MOA autonome, pas la rendre dépendante. « Comment aider la MOA à y voir clair ? »
MOE Répond au besoin exprimé. Ne doit jamais définir le besoin à la place de la MOA. « Comment réaliser ce qui est demandé ? »

Quand l’AMOA devient un symptôme

Pour lui, la présence lourde d’une AMOA dans un projet est souvent le signe d’une organisation qui refuse d’assumer sa maîtrise d’ouvrage. Plutôt que de renforcer la capacité interne du métier, on externalise la responsabilité. Résultat : un cahier des charges parfaitement rédigé mais dépourvu de légitimité, des tests de recette qui ne reflètent pas l’usage réel, et une solution qui, techniquement fonctionnelle, reste inadaptée au quotidien des équipes.

Nacer Djarabi insiste sur un point simple : une bonne AMOA doit préparer sa propre disparition. Si, au bout du projet, le métier n’est pas plus capable d’exprimer et de défendre ses besoins qu’au début, alors l’assistance a échoué — même si tous les documents sont livrés dans les temps.

La recette comme révélateur

Selon son analyse, la phase de recette est le moment où la vérité éclate. Quand la MOA n’a pas vraiment porté le besoin, elle hésite, délègue ou signe par fatigue. L’AMOA, si elle s’est substituée au métier, se retrouve alors dans une position intenable : valider au nom d’utilisateurs qui n’ont jamais vraiment adhéré au projet.

Pour éviter cela, il préconise une recette où chaque scénario est explicitement rattaché à une exigence métier vérifiable, et où la validation est signée par un représentant du métier identifié — jamais par un consultant externe agissant par procuration.

Le point de vue de Nacer Djarabi

Cet article reflète la réflexion de Nacer Djarabi sur la maîtrise d’ouvrage et l’assistance à maîtrise d’ouvrage. Il s’agit d’une analyse de rôle et de méthode, indépendante de tout mandat ou mission particulière.

Pour aller plus loin

Explorer d’autres analyses sur la gouvernance des projets SI et le rôle du métier face à la technique.

LIRE D’AUTRES RÉFLEXIONS
Les commentaires sont fermés.